Le Groupe Peltier, négociant en bois de sciage et produits transformés basé à Nantes, a publié une charte de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) qui inscrit officiellement ses pratiques d'approvisionnement dans un cadre environnemental et social renforcé. Trois enjeux prioritaires structurent cette démarche : améliorer la qualité environnementale des achats de bois, se conformer à la directive européenne CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) et établir un bilan carbone de l'entreprise. Pascal Fairier, PDG du groupe, souligne dans son éditorial : « Nous travaillons tous pour un futur durable et responsable. »
Selon la charte, la démarche s'appuie sur une politique d'achats responsables existante, désormais formalisée à l'échelle du groupe. L'entreprise affirme vouloir renforcer « de manière substantielle le volume de nos achats de bois certifiés (FSC, PEFC, Bois de France…) en collaborant avec des partenaires soucieux de leur environnement ». Cette orientation vise en particulier les approvisionnements hors d'Europe, identifiés comme une zone de vigilance accrue en matière de traçabilité.
Trois certifications forestières mobilisées depuis 2002
Le négociant nantais met en avant un historique long en matière de labellisation environnementale. Peltier Bois détient :
- La certification FSC depuis 2002, garantissant que le bois provient de forêts gérées selon des critères écologiques, sociaux et économiques définis par le Forest Stewardship Council. Les produits 100 % FSC sont présentés comme « fournissant l'assurance que le bois certifié ne cause pas de déforestation ».
- La certification PEFC depuis 2005, programme paneuropéen qui vise à conserver la biodiversité forestière tout en protégeant les travailleurs de la filière.
- Le label Bois de France obtenu en 2024, « unique label national qui garantit la traçabilité du bois français depuis la forêt jusqu'au produit final », favorisant le circuit court et le savoir-faire hexagonal.
Ces trois labels constituent le socle technique de la charte RSE. Leur accumulation répond à une demande croissante de traçabilité dans la filière, alors que le cadre réglementaire RE2020 impose des exigences carbone renforcées pour la construction.
Que prévoit concrètement la charte ?
Six engagements structurent le document, dont trois sont qualifiés de prioritaires. Le premier enjeu vise à « améliorer les achats responsables et la qualité environnementale des approvisionnements en bois ». La charte précise que « les fournisseurs qui ne garantissent pas d'une exploitation durable des forêts sont systématiquement écartés ». Cette sélection repose sur un « travail de terrain » mené par des collaborateurs qui « se rendent sur place régulièrement afin de juger du sérieux, de la fiabilité de nos futurs partenaires ».
Le deuxième enjeu porte sur la mise en conformité avec la directive CSRD, décrite comme « une nouvelle lecture informatisée au niveau européen de l'impact environnemental de l'entreprise et des conséquences financières engendrées ». Cette directive européenne vise à harmoniser la communication des entreprises sur leur durabilité et s'appliquera progressivement aux PME de plus de 250 salariés d'ici 2026.
Le troisième enjeu consiste à « connaître les émissions de carbone de l'entreprise », un préalable à toute stratégie de réduction. Aucun chiffre d'émission n'est cependant publié dans la charte actuelle.
Adhésion à la charte RSE du LCB
Le groupe annonce également son adhésion à la charte RSE du LCB (Le Commerce du Bois), organisation professionnelle qui fédère négociants et distributeurs de matériaux bois en France. Cette adhésion engage Peltier à « soutenir nos fournisseurs dans leurs efforts en faveur de la gestion durable des forêts, à promouvoir le bois comme matériau renouvelable et recyclable auprès de nos clients » et à « réduire les impacts environnementaux et sociétaux à toutes les étapes de la conduite de nos opérations ».
L'adhésion au réseau LCB permet au négociant de s'inscrire dans une démarche collective de la filière, tout en signalant aux donneurs d'ordres – architectes, entreprises de construction bois, fabricants de menuiseries – un engagement formalisé en matière de traçabilité.
Conformité au Règlement Bois de l'UE et EUDR
La charte mentionne que « chacun de nos fournisseurs s'engage à satisfaire les exigences conformément au Règlement Bois de l'Union Européenne et est déjà largement sensibilisé aux nouvelles exigences du Règlement européen contre la déforestation et la dégradation des forêts » (EUDR). Ce règlement, entré en vigueur en 2023 et applicable aux opérateurs dès fin 2024, impose une traçabilité géolocalisée des parcelles forestières pour les importations de bois et produits dérivés.
Le groupe souligne que cette sélection de fournisseurs représente « un travail de longue haleine », nécessitant des visites régulières sur le terrain et la construction d'une « relation de confiance indispensable aux bonnes pratiques commerciales ». Cette approche vise à réduire les risques de non-conformité réglementaire, particulièrement sur les approvisionnements en bois tropicaux et en résineux extra-européens.
Quelle portée opérationnelle pour cette charte ?
Si la charte formalise des engagements existants, plusieurs points restent à préciser. Aucun objectif chiffré n'est publié concernant la part de bois certifié dans le chiffre d'affaires, ni de calendrier de déploiement du bilan carbone. La mention d'une « amélioration continue » de la politique d'achats responsables reste qualitative.
Par ailleurs, la charte ne détaille pas les mécanismes de contrôle interne ni les indicateurs de suivi (taux de certification par essence, origine géographique des volumes, écarts détectés lors des audits fournisseurs). Ces éléments seront probablement intégrés aux futurs rapports CSRD, dont la première publication interviendra après l'exercice 2025 pour les entreprises de plus de 500 salariés.
Le PDG Pascal Fairier conclut en remerciant « tout le personnel du Groupe Peltier d'avoir fait bon accueil et de s'être investi dans ce projet majeur », ainsi que « tous nos clients, partenaires et fournisseurs de prendre en compte nos exigences environnementales dans nos relations professionnelles ».
Contexte : la RSE, entre volontariat et obligation légale
La publication de cette charte intervient dans un contexte réglementaire en forte évolution. La directive CSRD, adoptée en 2022, transforme la RSE d'une démarche volontaire en obligation de reporting standardisé pour plusieurs milliers d'entreprises européennes. En France, la loi PACTE de 2019 a déjà introduit la notion de raison d'être et renforcé les obligations de vigilance des grandes entreprises.
Pour les négociants en bois séché et produits transformés, la pression provient également des maîtres d'ouvrage et bureaux d'études, qui exigent de plus en plus fréquemment des justificatifs de traçabilité et de certification pour les projets de construction bois. La récente montée en puissance du label Bois de France, obtenu par Peltier en 2024, témoigne de cette demande pour des approvisionnements en circuit court, réduisant l'empreinte carbone du transport.
Reste à savoir si cette formalisation se traduira par une évolution mesurable des volumes certifiés et par une transparence accrue sur les chaînes d'approvisionnement, deux critères qui détermineront la crédibilité opérationnelle de la démarche RSE du groupe nantais. L'industrie française du bois, qui a connu un recul de production chez ses voisins allemands, attend désormais des engagements chiffrés et des bilans annuels publics pour évaluer la portée réelle de ces chartes.








