Le choix de l'essence conditionne les performances mécaniques, la durabilité naturelle et les conditions de mise en œuvre du bois en construction. La forêt française compte plus de 140 essences recensées, avec une dominante de feuillus représentant deux tiers de la surface forestière et un rôle croissant des résineux en construction structurelle. Trois essences résineuses occupent le cœur de la filière construction bois : le douglas, l'épicéa et le sapin.
Le douglas est le premier bois de reboisement en France. Il couvre plus de 400 000 hectares et représente 18 % des sciages français malgré moins de 3 % de la surface forestière. Cette productivité élevée explique sa popularité croissante auprès des scieries et des charpentiers. L'épicéa et le sapin restent les essences les plus utilisées pour l'ossature bois et la charpente industrielle, reconnus pour leur légèreté, leur facilité d'usinage et leur rapport coût-performance.
Comment fonctionnent les classes de résistance mécanique ?
L'utilisation d'un bois en usage structural dépend de ses propriétés mécaniques, codifiées par la norme NF EN 338. Le classement structural trie les bois en lots homogènes de même résistance pour optimiser leur emploi en construction. Deux méthodes coexistent : le classement visuel et le classement mécanique par machine.
Le classement visuel, défini par la norme NF B 52-001, observe les singularités du bois telles que le nombre et le diamètre des nœuds, les poches de résine et les altérations biologiques. Le classement mécanique mesure directement les propriétés par machine, garantissant une précision accrue pour les ouvrages à hautes exigences structurelles.
Nomenclature et correspondances
Les classes de résistance s'expriment par une lettre suivie d'un chiffre. La lettre C désigne les résineux, D les feuillus et GL les lamellés-collés. Le chiffre indique la contrainte de rupture en flexion en mégapascals (MPa). Plus ce nombre est élevé, plus la résistance du bois est forte. Par exemple, C30 signifie que la pièce résiste à une pression de 30 MPa en flexion.
- C18 convient aux charpentes traditionnelles
- C24 convient aux charpentes industrielles (fermettes), bois d'ossature et lamellé-collé
- C30 répond aux exigences des charpentes lamellé-collé à hautes performances
La norme NF EN 1912 établit les correspondances entre classes visuelles et classes mécaniques. Pour les essences sapin, épicéa, pins, douglas et peuplier, la classe visuelle ST-I correspond à C30, ST-II à C24, ST-III à C18. Le mélèze en classe ST-I atteint C27. Pour le chêne, la classe visuelle 2 correspond à D24, la classe 3 à D18.
Quelles essences pour quels usages ?
Le Centre Technique du Bois et de l'Ameublement (CTBA) définit six choix ou classes d'aspect selon les usages, pour les bois résineux. Ce classement répond à des exigences esthétiques et prend en compte la présence, la taille et la répartition des singularités du bois sur les différentes faces : nœuds, flaches, gerces, fentes et poches de résine. Il ne doit pas être confondu avec la classe de résistance mécanique.
Parallèlement, la norme NF EN 335-1 à 3, créée par l'institut technologique Forêt, Cellulose, Bois-construction et Ameublement (FCBA), définit cinq classes d'emploi selon les risques d'exposition du bois à l'humidité. Cette classification détermine le choix d'une essence à durabilité naturelle ou traitée chimiquement. La classe 1 concerne les emplois intérieurs à l'abri (meubles, parquets, lambris), tandis que les classes supérieures impliquent une exposition croissante aux intempéries et à l'humidité.
Durabilité naturelle et traitement préservation
Outre la résistance mécanique, la durabilité naturelle d'une essence face aux champignons et aux insectes, classée selon la norme NF EN 350, oriente le choix en fonction de la classe d'emploi. Les essences peu durables nécessitent un traitement de préservation par trempage ou autoclave, adapté à l'imprégnabilité de l'essence concernée.
L'épicéa et le sapin, prisés pour leur légèreté et leur coût modéré, exigent souvent un traitement lorsqu'ils sont exposés à l'humidité. Le douglas bénéficie d'une durabilité naturelle supérieure, ce qui réduit le besoin en traitement chimique et en fait une essence de choix pour les bardages extérieurs et les charpentes apparentes. Le chêne, pour sa part, combine résistance mécanique élevée et excellente durabilité naturelle, justifiant son utilisation historique en charpente traditionnelle et en ouvrages d'art.
Optimisation technique et filière française
La diversité des essences françaises permet d'ajuster le choix du bois aux contraintes structurelles, environnementales et économiques de chaque projet. La compréhension des normes de classification mécanique et d'aspect, ainsi que des classes d'emploi, garantit une mise en œuvre conforme aux exigences réglementaires et une durabilité optimale des ouvrages.
Les acteurs de la filière bois française, du sciage à la transformation, s'appuient sur ces référentiels pour valoriser les ressources locales et répondre aux exigences croissantes du marché de la construction durable. Le douglas, en particulier, illustre le potentiel d'une essence adaptée au climat français, capable de concilier productivité forestière, performance technique et durabilité à long terme.





