Le marché français de la construction bois connaît en 2026 une phase de transformation profonde, marquée par l'application renforcée de la RE2020 et des tensions persistantes sur l'approvisionnement en matériaux structurels. Alors que la réglementation environnementale impose des plafonds carbone de plus en plus stricts pour les constructions neuves, les acteurs de la filière — architectes, bureaux d'études, charpentiers et industriels du bois lamellé-collé — doivent repenser leurs process d'approvisionnement et de conception.

RE2020 : le biosourcé devient incontournable dans le neuf

Depuis son entrée en vigueur en 2022, la réglementation environnementale RE2020 impose aux maîtres d'ouvrage de respecter un indicateur d'impact carbone (IC construction) plafonné selon la typologie du bâtiment. En 2026, ces seuils se sont encore durcis, rendant le recours aux structures bois quasi obligatoire pour les opérations de logements collectifs et de bureaux neufs. Les systèmes CLT (cross-laminated timber) et poteaux-poutres en bois lamellé-collé permettent en effet de stocker entre 300 et 600 kg de CO₂ biogénique par mètre cube, un atout décisif pour respecter les plafonds réglementaires.

Les fabricants de panneaux CLT et de poutres BSH enregistrent une hausse de la demande estimée à près de 20 % depuis le début de l'année. Parallèlement, les bureaux d'études techniques investissent dans des outils de calcul ACV (analyse du cycle de vie) pour optimiser les conceptions dès la phase avant-projet, intégrant le bilan carbone dès la sélection des essences et des colles utilisées.

Tensions sur la matière première : le pin Douglas en première ligne

La forte demande structurelle se heurte à des difficultés d'approvisionnement en bois d'œuvre résineux de qualité charpente. Le pin Douglas, essence privilégiée pour le lamellé-collé en raison de sa durabilité naturelle et de ses propriétés mécaniques, connaît des délais d'approvisionnement allongés et une volatilité des prix de l'ordre de 15 à 20 % selon les régions. Les scieries françaises peinent à absorber la demande, d'autant que la ressource forestière disponible reste contrainte par la gestion durable des forêts et les cycles de rotation des peuplements.

Face à cette pénurie, certains maîtres d'œuvre diversifient leurs sources et se tournent vers des essences alternatives comme l'épicéa importé d'Europe centrale ou le mélèze alpin. D'autres misent sur des solutions hybrides bois-béton pour limiter les volumes de bois structurel tout en conservant le bénéfice carbone de l'ensemble. Les industriels du secteur, à l'image de W. u. J. Derix, renforcent leurs partenariats avec des exploitants forestiers pour sécuriser leurs volumes sur le long terme.

Financement public et dynamique régionale

Les aides publiques continuent de jouer un rôle moteur. Le dispositif MaPrimeRénov', initialement centré sur la rénovation énergétique, intègre désormais des bonifications pour les projets faisant appel à des matériaux biosourcés dans les travaux de second œuvre et d'isolation. Les collectivités territoriales, notamment en Auvergne-Rhône-Alpes et en Nouvelle-Aquitaine, lancent des appels à projets spécifiques pour encourager la construction bois dans les opérations de logements sociaux et d'équipements publics.

Parallèlement, la filière française s'organise pour monter en compétence sur les enjeux de séchage du bois et de maîtrise de la teneur en humidité, paramètres cruciaux pour garantir la stabilité dimensionnelle des assemblages structurels et éviter les pathologies en phase d'exploitation.

Perspectives : normalisation et innovation technique

Les acteurs anticipent pour le second semestre 2026 la publication de nouveaux guides techniques par le FCBA (Institut technologique Forêt Cellulose Bois-construction Ameublement), précisant les modalités d'application de la RE2020 aux systèmes constructifs mixtes et aux opérations de réhabilitation lourde. Ces documents devraient clarifier les règles de calcul du bilan carbone pour les assemblages hybrides et les systèmes de connectique métallique dans les ouvrages en bois lamellé.

Dans un contexte où la demande de logements neufs reste soutenue et où les exigences environnementales se durcissent, la filière bois française doit accélérer sa structuration industrielle et logistique. La sécurisation des approvisionnements, la montée en qualification des bureaux d'études et l'optimisation des process de fabrication constitueront les leviers majeurs pour transformer les contraintes réglementaires en opportunités de croissance durable. Pour un éclairage complémentaire sur les évolutions en Suisse alémanique, voir notre analyse sur le marché suisse du bois de construction.