L'assemblage par moise, ou moisement, constitue une technique traditionnelle de charpente dans laquelle une pièce unique est remplacée par deux poutres parallèles qui enserrent « en sandwich » d'autres éléments de charpente entre elles. Chacune de ces deux poutres porte le nom de moise. Le principe repose sur un serrage assuré par boulonnage ou tiges filetées, parfois renforcé par des coupes à mi-bois, pour garantir l'intégrité de l'assemblage et la reprise des sollicitations mécaniques.

Ce type d'assemblage connaît une utilisation fréquente dans les fermes de charpente traditionnelle, notamment pour les entraits moisés et les blochets. L'entrait moisé représente une alternative à l'entrait massif, constitué d'une seule pièce de bois de forte section. Dans une ferme ordinaire, l'entrait moisé enserre les extrémités des arbalétriers ainsi que la partie inférieure du poinçon. Les blochets, qui lient les arbalétriers aux jambes de force, sont eux aussi généralement moisés.

Moisage lisse : principe de fonctionnement

Dans sa forme la plus simple, le moisage lisse consiste à placer une pièce en étau entre deux moises. Les trois pièces de bois sont alors en simple contact, sans entaille. L'intégrité de l'assemblage et la transmission des efforts dépendent entièrement du serrage exercé par le boulonnage ou les tiges filetées. Les moises empêchent l'écartement des pièces auxquelles elles sont fixées et se trouvent donc soumises à des forces de traction.

Cette configuration présente l'avantage de la rapidité d'exécution et de la simplicité, mais limite la capacité portante aux seules performances du système de fixation métallique. Pour des charges plus importantes ou une sécurité accrue, le recours à des variantes avec entailles s'avère recommandé.

Moisage à simple et double entaille

Afin d'augmenter la solidité de l'assemblage, il est possible d'entailler la pièce centrale, dite moisée. Les forces sont ainsi reprises par les bords créés par l'entaille, réduisant la sollicitation du boulonnage. On parle alors de moisage à simple entaille.

Le renforcement peut être poussé davantage en entaillant également les moises elles-mêmes. Cette configuration, appelée moisage à double entaille, offre une meilleure transmission des efforts et améliore la résistance globale de l'assemblage. Dans tous les cas, une fixation métallique par boulons ou tiges filetées maintient les moises serrées et assure la pérennité de l'ouvrage.

Quels sont les avantages du moisage en charpente ?

  • Utilisation de sections de bois réduites au lieu de poutres massives, facilitant la manutention et réduisant les coûts matière.
  • Gain de temps à la réalisation grâce à des assemblages plus simples que les tenons-mortaises traditionnels.
  • Flexibilité de dimensionnement : possibilité d'adapter l'épaisseur des moises aux charges à reprendre.
  • Accessibilité des éléments de fixation métalliques (boulons, tiges filetées), qui restent peu onéreux.

Ces avantages expliquent la popularité de l'assemblage moisé dans la construction en charpente traditionnelle, notamment pour les ouvrages courants où la rapidité d'exécution et l'économie de matière priment.

Limites et précautions d'emploi

Malgré ses atouts, le moisement présente certaines contraintes. Les moises, de section réduite par rapport à une pièce massive, sont davantage sujettes au flambement, c'est-à-dire à la déformation latérale sous l'effet de charges de compression. Une attention particulière doit donc être portée au calcul des sections et à l'élancement des pièces.

Par ailleurs, l'assemblage nécessite systématiquement des pièces métalliques — boulons, écrous, rondelles ou tiges filetées — et un serrage régulier pour maintenir la cohésion. Bien que ces éléments restent peu coûteux, leur mise en œuvre exige un outillage adapté et un contrôle périodique du serrage, notamment dans les premières années suivant la pose, lorsque le bois se stabilise en termes de teneur en humidité.

Comparaison avec d'autres assemblages de charpente

L'assemblage moisé se distingue d'autres techniques traditionnelles comme l'assemblage tenon-mortaise, qui repose sur l'encastrement d'un tenon taillé dans une pièce au sein d'une mortaise creusée dans une autre. Ce dernier offre une meilleure rigidité et ne nécessite pas toujours de fixation métallique, mais exige un travail de taille plus long et précis.

Les embrèvements, qui créent une surface perpendiculaire à l'effort pour reprendre les charges, constituent une autre alternative courante. Contrairement au moisage, ils concentrent la transmission des efforts sur une surface de contact maximale, appelée about, et peuvent se passer de moises. Le choix entre ces différentes techniques dépend des charges à reprendre, de la configuration de la ferme de charpente, du temps disponible et des compétences de l'équipe de mise en œuvre.

L'assemblage moisé demeure un compromis efficace entre performance mécanique, économie de matière et rapidité d'exécution, expliquant sa présence constante dans les ouvrages de charpente traditionnelle comme contemporains.